Chronique du wednesday 28 december 2011
Les USA exportent également des fragments d'une âme par laquelle on aime être hanté.
Prenez, entre autres, la planance de Tool, le grunge de Stone Temple Pilots, la pointe de mélancolie de Nine Inch Nails, un morceau de rage contrôlée de Faith No More, une certaine dureté de Queens Of The Stone Age;
Mélangez le tout dans une énergie explosive en le gardant solidement enraciné sur des fondations old-school àla Metallica, Led Zeppelin ou encore Pink Floyd, et vous obtenez un beau morceau de galette nommé There is a Name for Everything par Five ((O)), attrapeurs de pur esprit américain situés en Normandie.
On connaissait déjà les road movies, on aurait envie de lancer le concept de road album car Five((O)) nous propulsent en orbite autour d'un monde parallèle immuable... imagine...
Imagine que dans ce monde à la fois utopique et familier, tu es à bord d'une Ford Mustang '67 décapotable aux flancs couverts d'une poussière qui semble dater des Pharaons. Le levier de vitesse, automatique comme il se doit, est positionné sur D comme Drive and never stop.
Ton corps ne fait qu'un avec le siège en cuir increvable, une main sur le volant surdimensionné en bakélite noire, l'autre main émulant nonchalamment les riffs de batterie sur une portière conçue pour résister à la fin du monde tandis que l'autoradio (chromé, aux boutons gros comme des briques Lego) crache à la face du monde que le rock est éternel.
Imagine, tu te sens vivant comme jamais et le vent décoiffe ta longue chevelure de rockeur, cependant qu'à ta gauche un canyon vertigineux semble susurrer à ton cerveau euphorique Viens voir ce que j'ai dans les tripes.
Le paysage grandiose défile, parsemé ça et là de stations service qui doivent au moins dater de l'empire romain, tachées d'huile et d'essence parce qu'il y en a toujours eu et qu'il y en aura toujours; et ça sent bon le cuir usé, le pneu surchauffé, le moteur impatient qui dévore la route avec un appétit sans faille.
Frôle un peu l'accélérateur et tu as l'impression que ton siège va t'avaler tandis que le vrombissement féroce est en concurrence directe avec le rock éternel envoyé par l'autoradio antique, et ton coeur pompe une adrénaline qui, tu le sais maintenant, t'as trop souvent fait défaut.
Et t'as l'impression que tout ça ne s'arrêtera jamais, que tu te trouves dans les limbes bienheureuses entre enfer et paradis d'un voyage sans destination.
D'accord, on a là une nette sensation de déjà-vu... mais que celui qui n'a jamais rêvé de se sentir vivant au point d'oublier tous les parasites qui lui dévorent l'existence me jette le premier parpaing.
Five((O)) est de ceux qui distillent ce qui fait l'essence même du Rock que l'on aime : la rage, l'énergie, les sensations, la liberté... forever.
Album : THERE IS A NAME FOR EVERYTHING (M&O - 2011) |